Alain Lebouc, directeur du Festival du Scoop et du Journalisme d’Angers

(Novembre 2006)

Comment le thème du sport a-t’il été choisi pour l'édition 2006 ?
Le festival traite de sujets de société, on a donc cherché un sujet de société où le journalisme intervient. L’an dernier, le thème du festival était l’histoire. Car les journalistes voient l’histoire prendre forme sous leurs yeux. Un jour, un journaliste qui avait été présent pendant les 50 jours de Pékin m’a dit : « J’avais l’histoire devant moi ». L’histoire, c’est l’événement qui est passé. Comment croyez-vous que nous connaissons notre histoire aujourd’hui ? Les premiers historiens, ce sont les journalistes, les chroniqueurs, qui disent l’histoire du monde actuel, et qui sont ensuite repris par ceux que nous appelons communément les historiens.

Pour en revenir au thème du sport, le football sera très présent dans ce festival, pourquoi ? Et que faites-vous des autres sports ?
Il faut comprendre que le sport est un phénomène de société très fort. De nombreux débats sociétaux sont mêlés au sport. Le journalisme et le sport sont très imbriqués, avec la médiatisation du sport. Et le sport a besoin des médias pour exister. Le foot est le sport numéro un en France, il touche tout le monde. Cela permettra de réfléchir aux interconnexions avec les médias, et l’influence de l’un sur l’autre. Mais personnellement, j’ai une passion pour l’athlétisme.

Vous êtes chercheur au CNRS. Quel rapport avec le journalisme, quels objectifs mettez-vous dans ce festival et pourquoi l’avez-vous créé ?
C’est vrai, j’ai fait 25 ans de recherche à l’ETSCO, au sein de l’UCO d’Angers, où j’occupais un bureau orange et je faisais de la chimie. Mais j’avais besoin de communiquer, d’aller vers les autres. Je me suis tourné vers la communication scientifique au sein du CNRS. C’est par ce biais que le festival a été créé, avec ma femme avec qui j’ai travaillé pendant dix-huit ans. L’idée était intéressante, même si, au-delà d’une satisfaction personnelle, cela ne m’a rien rapporté : j’étais déjà au dernier échelon en matière de salaire et je ne pouvais plus augmenter.

Mais alors, pourquoi faites-vous venir des personnes célèbres ?
Non, je suis toujours aussi étonné qu’autant de monde soit présent au festival. Mais c’est un peu comme celui de Lorient (les rencontres photographiques de Lorient, ndlr), qui n’est pas un festival d’image facile, très sérieux, et qui remporte toujours du succès. Mais vous pouvez organiser le plus grand des colloques, s’il n’y a personne de célèbre, cela ne fonctionne pas. Ce n’est pas pour autant que nous faisons des concessions au « star-system ». Nous avons pris le parti de mélanger des personnes connues et d’autres moins connues voire pas du tout. Et ne vous y trompez pas, il y a encore des gens qui ne connaissent pas de grands noms comme Martine Laroche-Joubert ou Charles Enderlin !

Ne souffrez-vous pas d’un manque de renommée, notamment auprès des journalistes angevins, que vous essayez ainsi de compenser ?
Selon moi, le festival ne souffre d’aucun problème de renommée. A Angers, TV10 bénéficie d’un accès privilégié à tous les documents en compétition. Pendant dix jours, cela en fait la télé la plus riche en information de France ! D’ailleurs, aucun des intervenants n’est payé pour venir, aussi célèbre soit-il. Sauf bien sûr les lauréats du festival qui reçoivent des prix lorsqu’ils ont été retenus. Et si les journalistes locaux ne participent pas au festival, c’est justement parce qu’ils voulaient être payés, et que nous n’avons pas accepté. Mais dans le monde du journalisme français et européen, 80% des professionnels connaissent et reconnaissent la qualité de ce festival, et ils savent qu’il leur donne une estrade pour s’expliquer. Ils peuvent être médiateurs de leur profession face au public.

Et ne voudriez-vous pas faire venir plus de spectateurs ? Notamment le public angevin ?
Nous voulons avant tout mettre le doigt sur les grands problèmes de la planète. Le public vient s’il se sent concerné et intéressé. La communication est faite à grande échelle, tout est gratuit, et chacun peut intervenir. Ce n’est tout de même pas moi qui vais aller chercher le public. On nous a proposé d’aller à la salle Amphitéa, qui fait 4 000 places. Mais je préfère avoir une petite salle bien remplie qu’une grande salle avec du vide. Tout comme je préfère y voir 350 personnes intéressées, plutôt que 3 500 personnes qui ne seraient pas ou peu intéressées par les débats. C’est un gage de qualité.

Pourquoi s’être dispersé dans d’autres villes, comme Cholet et Château-Gontier ?
Pour permettre à d’autres gens qui s’intéressent au journalisme et à ces débats, de pouvoir dire « on a nous aussi une petite partie du festival dans notre ville ». Cela fait trois ans que nous sommes à Cholet, et cela fonctionne très bien. Nous envisageons d’ailleurs de nouveaux partenariats avec Saumur. Cela nous permet aussi de justifier l’utilisation des subventions attribuées par la région, en essaimant les manifestations sur plusieurs communes.

Quelles sont les subventions qui vous sont attribuées ?
Je ne connais pas les sommes exactes, mais nous recevons des subventions de la région, du conseil général et de la ville d’Angers, où je suis d’ailleurs conseiller municipal. Le budget de communication équivaut à 15 000 euros et peut monter jusqu’à 30 000 si l’on inclut les livrets du festival. Mais en communication, il ne faut pas non plus saturer les gens : il faut être présent, mais discret.

Comment va évoluer le festival ?
L’année prochaine, le thème principal sera l’environnement. Pour moi qui suis un scientifique, c’est un plus car je comprends bien les problèmes auxquels nous faisons face. Je veux permettre aux gens de prendre de la distance et ouvrir une vraie réflexion. En quelque sorte, les aider à devenir citoyens, à prendre conscience de leurs actes. L’eau, par exemple, est un énorme sujet. Je suis un peu pédagogue, et c’est normal. J’étais avant tout un professeur, pendant des années, tout comme Danielle (sa femme, ndlr). Et les journalistes ont aussi un rôle considérable à mener dans le rôle de la pédagogie, de par l’impact qu’ont les médias. La presse est d’ailleurs considérée comme le quatrième pouvoir. Et le monde dans lequel nous vivons est en danger. Il est important de faire de l’écologie, et cela dépasse de loin la question des partis, nous sommes tous concernés.

Comment a été créé le festival, et qui s’en occupe avec vous ?
C’est [info manquante], qui organise le forum des associations d’Angers, qui a créé le festival du scoop avec moi. Il y avait aussi Michelle Moreau au début. En 1985, on était une quinzaine avec des ébauches de projets divers, mais pour certaines raisons, moi et trois autres amis avons préféré travailler de notre côté. Puis nous avons créé l’association EVA-Flash (Evasion, Voyages, Aventure). Puis est venue l’idée de créer un festival. Nous avons décidé de créer un laboratoire à ciel ouvert des sciences humaines, traitant de la société et du journalisme. Danielle Lebouc, ma femme, qui était professeur de chimie comme moi, s’est aussi associée au projet. A l’époque, la ville nous donnait 4 000 francs de budget pour notre projet. Et au fil du temps, on a acquis un réseau de contacts, qui nous a permis de faire la renommée du festival.

Le festival est-il un tremplin pour les jeunes journalistes ?
Bien sûr, les prix du festival sont reconnus par la profession, et beaucoup se font remarquer par ce biais. Plantu avait participé il y a quinze ans en tant que candidat. Et grâce à cela il a eu sa carte de presse confortée au Monde. Les participants se battent pour obtenir les prix du festival du scoop.

Pourquoi organiser un colloque sur les formations au journalisme ?
Toujours pour les mêmes raisons, car c’est important de toucher les jeunes et de suivre l’évolution de la profession. Nous organisons cette journée en partenariat avec le CELSA. Mais je dois avouer que ce sont des gens impossibles, trop exigeants, notamment en ce qui concerne les questions logistiques. Je pense que ce comportement est peut-être le résultat d’une trop grande confiance en eux, du fait de cette reconnaissance. Du coup, on ne le refera sans doute pas l’an prochain, ou alors avec d’autres écoles, peut-être non reconnues. Nous étudions d’autres partenariats, que nous souhaitons plus modestes.

Et qu’en est-il du partenariat avec la prison d’Angers ?
Nous avons renouvelé ce partenariat pour la sixième année consécutive. Il n’y a par contre plus d’expositions à l’intérieur même de la prison, car certaines œuvres ont parfois été volées par les gardiens. Il est prévu que les détenus rencontrent un journaliste, Charles Enderlin. De ces rencontres de l’autre côté du mur, il y a quelque chose de fort qui se passe. Les détenus sont très au courant de l’actualité, qu’ils suivent à la télévision, et à l’encontre de laquelle ils peuvent être méchamment critiques. Alors, il y a trois ou quatre ans, nous avons proposé de créer un prix dont le jury serait composé de détenus de la maison d’arrêt. C’est un public très assidu, différent. Et ils ne se trompent pas : depuis la création du prix de la maison d’arrêt d’Angers, ils ont toujours choisi, sans le savoir, les œuvres également lauréates du prix du jury.

 

Entretien réalisé par Maude Milekovic-Leroy
et Jérôme Perrot en novembre 2006,
pour la section prépa journalisme de l’UCO d’Angers.

Propos retranscrits intégralement
par Maude Milekovic-Leroy.