Les prépas aux concours des écoles de journalisme, un fléau combattu et à combattre ?

Publié le par Maude ML

"Je suis en classe préparatoire aux concours de journalisme.
- Oh, grand dieux, taisez-vous, ne le dites surtout pas !!!
- Mais pourquoi, serait-ce une tare ?"


    Je ne le crois pas. C'est pourtant le problème qui anime actuellement ma classe. Les responsables ? Les intervenants de la conférence intitulée "Journaliste demain : quelles formations pour les journalistes ?" lors du festival international du scoop et du journalisme d'Angers.
       Ces intervenants, ce sont - je l'espère - mes futurs recruteurs : Hervé Demailly (CELSA Paris), Alain Chanel (CUEJ Strasbourg), Marc Capelle (ESJ Lille) et Mario Corrado (IUT Tours). Je n'étais pas présente lors de leur allocution, pour cause de job étudiant, mais je le regrette vivement. En tout cas, leurs considérations pour les classes préparatoires aux concours m'ont été rapportées, et celles-ci ne seraient pas franchement encourageantes. Des phrases comme "si un étudiant croit pouvoir se présenter à l'oral en clamant haut et fort qu'il a fait une classe prépa, il part avec un mauvais point", ne sont en effet pas très rassurantes. (Je tiens à m'excuser pour la probable approximation de cette retranscription, mais il s'agit de propos rapportés de bouche à oreille.)
        Je savais bien sûr tous les a-prioris que l'on peut avoir sur les classes prépa : trop chères, trop formatées, élitistes, le bachotage y est roi, elles sont stressantes, il y a trop de compétition ou de discrimination. Mais la mienne n'est pas du tout comme ça - et ne me dites pas que ça y est, je suis formatée, car je vais vous expliquer en quoi elle est différente.


1. Commençons par le sujet qui fâche : Je paie trop cher.
Je ne sais plus exactement combien je paie, mais je ne vais pas vous mentir, c'est privé, donc cher. Pourtant, c'est accessible puisque moi, boursière à la base (même si la formation n'ouvre pas droit aux bourses), vivant sur le petit salaire de secrétaire de ma mère et mes divers jobs, qui aurai peut-être besoin de faire un prêt à la banque, je fais bien partie de cette prépa. Et puis, comparé au prix de la moitié des écoles de journalisme que j'envisage, le prix de la prépa est risible. Vraiment.
Petit rappel : (par an, bien entendu, et sans compter les inscriptions au concours)
ESJ et CFJ = 3 000€,
EJT = 3 354 €,
IPJ = 4 370€


2. J'en sortirai formatée.
Déjà, on est 13 dans cette prépa, et je nous trouve tous très différents. Pour preuve : on n'est jamais d'accord. On a des parcours différents, des expériences différentes, des envies différentes. Certains sont ambitieux, bûcheurs, d'autres plus modestes ou fêtards. Mais on gardera tous le cerveau qu'on avait au départ et on aura au contraire aiguisé notre esprit critique au travers de nos débats. Ne vous en déplaise. Pour ce qui est de nos connaissances, on les aura approfondies, on aura suivi l'actualité, on aura cotoyé des journalistes... juste ce qu'on nous demande, en fait.

3. Je fais partie d'une formation élitiste, avec discrimination en option.
Ah ? c'est vrai ça ? eh bien, merci... mais moi, vous comprenez, ma prépa ce n'est pas Sciences Po, ce n'est pas très connu d'ailleurs, et il n'y a pas grande sélection pour y entrer, ils recherchent même du monde. Je suis là parce que j'ai des lacunes par rapport à ce que l'on attend de moi, que je sais le reconnaître et que j'ai l'intention de les combler. Je ne me prends pas pour la crème de la crème, je ne regarde personne de haut, et je prendrais bien tous les stages que l'on voudra m'accorder en PQR, sans jamais oser penser qu'ils ont une valeur moindre... le quotidien le plus lu c'est bien Ouest-France non ? Et pourtant, Le Monde c'est la bible des concours...
Enfin, passons.

4. Au sujet des limites entre préparation et bachotage.
Il faut bien avouer que les programmes des concours sont extensibles à l'infini. Comment enrichir sa culture générale sans un peu de bachotage (au sens de "travail de mémorisation") ? Franchement je ne sais pas. Si s'intéresser à l'actualité en profondeur, et s'informer au maximum sur des tas de sujets divers, c'est bachoter, alors oui nous le faisons, mais n'est-ce pas nécessaire ? Et est-ce nécessairement désagréable ? Personnellement, lorsque je découvre la situation du Turkménistan, et les implications du groupe Bouygues dans les constructions à la gloire du dictateur de ce pays, je me sens grandie. Mais je m'égare.

5. Stress et compétition, les grands classiques.
Qu'en est-il du stress ? Eh bien, je me suis toujours interdit d'aller à un rythme qui n'était pas le mien, c'est-à-dire aller jusqu'à me rendre malade. Et cela n'arrivera pas : ma prépa est à échelle humaine, et je peux même gérer un petit job à côté. Je ne subis pas non plus la compétition de mes collègues. Au contraire, nous travaillons ensemble, les uns pour les autres et avec les autres, chacun apportant sa pierre à l'édifice. Le "chacun pour soi" n'est pas notre loi.

Malgré tout, les clichés restent. Vous vous dites sans doute que j'ai tort, ça y est, "ils" m'ont eue... Décidément, le parcours du journaliste débutant n'est pas un long fleuve tranquille.


Intéressant à lire aussi :
"Ecoles de journalisme : Prêt-à-penser ou prêts à penser ?",
par Arnaud Gonzague.
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T
Si le directeur de l'ESJ Lille n'est pas favorable aux prépas, on  se demande alors pourquoi l'ESJ vient d'ouvrir une télépréparation (cher) à son propre concours... C'est le comble du recrutement par concours, je trouve.
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M
Clairement.
L
Merci maude pour ce joli commentaire sur une prépa dont je fais moi même partie et qui contribue grandement à ensoleiller mon quotidien enlisé sous le papier journal. C'est dur, ca sent la fatigue le decouragement et parfoi les mises au point, mais reste toujours le plaisir de se retrouver tous derrière un objetif commun et que dire à par a nous les concours!<br />  
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M
Allez Lucile, courage... c'est bientôt Noël, tu vas pouvoir te détendre... et le stage arrive aussi, qui va nous faire le plus grand bien, j'en suis sûre !!!