Etre stagiaire ou ne pas être, telle est la question

Publié le par Maude ML

Ceci est un patchwork réalisé à partir de témoignages, largement inspiré de mes échanges avec de jeunes journalistes récemment entrés sur le marché du travail, des stagiaires journalistes, ainsi que de quelques expériences personnelles et autres discussions de comptoir avec les "gens du métier". Cet article n'est ni objectif, ni exhaustif. Vos contributions seront les bienvenues en commentaires.


Ah, le stage ! Jusque là, il avait été votre meilleur ami. Il vous avait permis de faire accepter votre dossier en école de journalisme, de prouver votre motivation, vos possibilités d'évolution. Vous lui deviez tout. Une fois admis, il vous avait permis d'appliquer les théories apprises, de faire vos premières armes, de vous adapter au terrain. C'était pas facile tous les jours : lors de vos stages en journalisme, les indemnités n'étaient pas toujours au rendez-vous. Alors vous aviez appris à compter en tickets resto et en pourcentages de carte orange. Mais vous trouviez ça normal, "c'est la faute à la crise de la presse", vous persuadait-on.
Malgré tout, vous l'aimiez, ce statut de stagiaire. Vous vous sentiez protégé, sous la couverture de votre convention. Vous pouviez vous tromper, faire des erreurs. Parce qu'après tout, même si vous avez toujours essayé de donner le meilleur de vous-même, vous étiez soi-disant "là pour apprendre".

Petit stagiaire deviendra grand
Et enfin, un beau jour, vous voilà officiellement "prêt-à-l'emploi", Journaliste avec un grand J. Vous vous lancez sur le marché du travail, le monde devant vous. Fini l'école, les études, terminées, adieu les stages ! Brûlez les conventions, à moi l'emploi !
Comme vous êtes ultra motivé, vous vous inscrivez à l'ANPE, potassez les offres d'emploi des sites spécialisés, relancez les rédactions pour lesquelles vous vous étiez damnés en stage, vous prenez des nouvelles des uns et des autres, "salut, tu deviens quoi ? et toi ? ben moi je cherche un taf... t'aurais pas un plan ?" Mais non, rien. Pourtant, vous gardez espoir : c'est normal, le journalisme, c'est une voie bouchée. Se voir offrir un job dès la sortie de l'école, ç'aurait même été trop facile. Presque louche. De toute façon, on vous avait assez prévenu : "Tu vas galérer, tu verras, t'en as pour au moins dix ans !" Comme pour l'instant, ça ne fait que 3 mois que vous avez quitté votre stage de fin d'études et que vous cherchez un emploi, il n'est pas encore temps de s'inquiéter.
Très vite, les mois se transforment en année. Oh, bien sûr, vous avez collaboré à telle ou telle publication, quelques articles placés dans tel ou tel journal, un petit coup de pouce à un site Internet, un micro-trottoir par-ci par-là, mais rien de bien sérieux. En tout cas, pas le moindre CDI en vue. Et vous ne comptez plus les messages vous invitant à piger gratuitement. Vous avez même peut-être été obligé par moment d'accepter des "ménages" : il faut bien manger. Rien de très reluisant. L'ANPE, dans sa grande connaissance du monde journalistique, reste muette.

Un stage peut en cacher un autre
Vous vous rendez compte que le plus simple eût été, comme certains chanceux de votre promo, de réussir à transformer votre stage de fin d'études en un contrat à durée quelconque.
Mais à l'époque cela vous paraissait  impossible : "Les temps sont durs, on n'a pas d'argent, on ne peut pas embaucher. C'est sûr, vous êtes compétent, mais...", vous avait-on bien fait comprendre. Un nouveau stagiaire viendrait vous remplacer. Et un autre après lui. Vous vous êtes incliné. Vous n'étiez même pas surpris.
Au fil de vos envois de lettres de motivation et de vos relances téléphoniques, vous découvrez que les postes auxquels vous aspirez, ceux qui ne nécessitent pas dix ou vingt ans d'expérience, sont pour la plupart occupés par des stagiaires. Plus jeunes, mais qui alignent déjà des CV aussi longs que le vôtre. Qui ne se font ni prier, ni payer pour travailler. Vous êtes un peu vexé. Et surtout, face à cette concurrence déloyale, vous vous sentez démuni, trompé.
Autrefois, vous ne pouviez pas entrer dans le métier sans expérience. En votre temps, vous avez donc occupé, sous le statut de stagiaire, des postes de journaliste. Vous êtes entrés sans même y penser dans l'engrenage de la non- (ou sous-)rémunération du travail. Aujourd'hui, de l'autre côté du miroir, vous vous prenez les conséquences de plein fouet : pourquoi vos employeurs embaucheraient-ils un journaliste rémunéré selon les conventions, quand tant de stagiaires se proposent de travailler correctement pour une bouchée de pain ?


Pour aller plus loin :

- Le débat "Stages : pour ou contre" sur Categorynet.com.
- Indispensable, un petit tour sur le site de Génération Précaire, mouvement pour la réforme des stages et le soutien des stagiaires. Une mine d'information sur la legislation et les abus.

Publié dans Médias

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C
Effectivement, le problème des stages est un vrai problème... et pas seulement dans le journalisme. Mais j'ai rencontré exactement le même type de raisonnement, il y a déjà des années, avec les contrats aidés. "Bien sûr, cette personne est parfaite pour le poste mais avec l'aide, elle coûte 800 F par mois. Alors que si on prend une personne moins qualifiée mais plus aidée, elle ne coûtera plus que 400 F."Le problème, c'est qu'une fois la personne en place, on ne peut pas lui en vouloir et on l'aide pour que tout se passe bien... et donc l'employeur avait raison puisque le boulot est fait quand même !
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E
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D
Bonsoir, bon réveillon du Jour de l'An! Pascal.
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D
Ah les stages en journalisme, sur 5 ou 6, seul un ou 2 etaient vraiment intéressants et m'ont permis d'apprendre.
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P
je sors d'un stage obligatoire de 7 mois, mais bénévole, je n'ai rien derrière et meme pas le droit au chomage.. vive les stages!!! bon we
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