France 2, entre suspensions de journalistes et crise de la pub

Publié le par Maude ML


Ces 6 jours de stage d'observation à France 2 à la fin du mois de mai 2008 n'auront pas été ennuyeux. D'accord, un stagiaire à France Télévisions - France 2 en l'occurrence - n'a pratiquement le droit de toucher à rien. On lui donne un badge d'accès au bâtiment, une carte de cantine pour le midi, et il est lâché dans la nature, sans aucune tâche à accomplir.
Au mieux, il peut accompagner les journalistes en reportage, assister à quelques conférences de rédaction et plateaux du 13 heures ou du 20 heures. S'il est d'humeur aventurière, il pourra même accéder à la régie, aux plateaux de France 3 qui sont dans le même bâtiment, ou encore à l'enregistrement de la météo du sympathique Laurent Romejko... privilèges !


Pourtant, "observer" France 2 par les temps qui courent, ce n'est finalement pas si mal. Surtout lorsque l'on nous donne de la matière... Déjà, je suis arrivée en pleine "crise de la pub". La commission Copé, elle ne plaît pas à France télévisions, mais alors pas du tout ! Des appels à la grève sont placardés sur tous les murs de la rédaction, impossible de l'ignorer.
Mais le mieux, ce fut encore de tomber sur une problématique déontologique : "Un véritable cas d'école !" m'affirma un JRI permanent de la chaîne. Venons en aux faits. Le 17 mai, dans l'émission intitulée 13h15, le samedi, avait été diffusé un reportage d'une vingtaine de minutes sur la prostitution estudiantine. Un sujet dans l'air du temps. Sauf que...




Sauf que dans cette séquence, le journaliste se fait passer pour un client et se filme lui-même, en caméra cachée, en train de se faire masser par la prostituée, afin d'obtenir son interview...

Séquences et conséquences...
Le reportage a été retiré du site internet de la chaîne. Il durait une vingtaine de minutes, et la vidéo ci-dessus est le seul extrait toujours disponible sur internet, où l'on voit la fameuse séance de massage. L'équipe de tournage a été mise à pied trois semaines par Arlette Chabot, directrice de l'information sur France 2. Il est reproché aux journalistes non seulement d'avoir diffusé cette séquences de massage, mais aussi d'avoir payé la jeune étudiante qui intervient dans le reportage. Un acte formellement interdit par la loi. Et selon le blog de Jean-Marc Morandini, le rédacteur en chef de l'émission a également été suspendu.

A France 2, les professionnels que j'ai rencontrés ne parlaient que de ça. Ils n'en savaient pas beaucoup plus, mais avaient leurs opinions... dénonçant notamment les conditions de travail de la télévision : il faut produire toujours plus, toujours plus vite, pour des sujets toujours plus racoleurs (mais vendeurs), avec des directives qui mettent "la pression"... quitte à laisser tomber le temps d'enquête, quitte à appauvrir les sujets, quitte à oublier la déontologie. Au péril de la profession.


Lectures parallèles :
Deux articles du blog "Telle est ma télé" :
- Ils ou elles se prostituent pour pouvoir étudier, à propos du livre "Mes chères études", de Laura D., qui a rendu populaire le sujet de la prostitution étudiante,
- Et un reportage vidéo sur le racolage sur internet, diffusé sur France 2, également avec Laura D. et Eva Clouet.


Publié dans Médias

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C
l'envers du décor..ce n'est plus du journalisme ça, c'est exploiter les gens
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J
J'avoue que, lorque j'ai vu ce reportage, j'étais un peu gêné... C'est vrai que les textes de déontologie disent qu'un journaliste ne doit pas cacher son identité pour obtenir des informations. Mais d'un autre côté, cela peut parfois se révéler nécessaire pour les besoins d'une enquête. Je prends l'exemple d'Anne Tristan, qui s'est infiltrée au FN, en se faisant passer pour une militante et qui a grimpé les échelons du parti. Elle a ensuite sorti son enquête sur la mécanique du FN. Pour cela, elle devait forcement masquer son identité.C'est vrai que la situation n'est pas la même. Le problème ici, c'est quand même que le journaliste s'est rendu coupable d'un délit, en sollicitant la prostituée. Il est donc normal qu'il y ait eu des sanctions professionnelles...Mais il faut se demander si la prostitutée aurait répondu aux questions, si le journaliste ne l'avait pas sollicité.
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M
<br /> On a eu cette discussion sur la caméra cachée, en cours de déontologie avec Jean-Claude Allanic, ancien médiateur de France 2, et d'autres professeurs, notamment de droit de la presse. Il nous ont<br /> bien précisé qu'en effet, la déontologie veut qu'un journaliste affiche clairement son identité et les raisons de sa présence lorsqu'il veut obtenir des informations. Seulement, cela n'est pas<br /> toujours possible ! En cas de dictature, de corruption, de dissimulations ou de sujets polémiques... les gens ne disent pas toujours la vérité face à une caméra, un micro ou simplement un<br /> journaliste. Le droit à l'information prime toujours sur le fait qu'un journaliste ait obtenu ses informations à visage caché. Cela est totalement légitime lorsque la situation l'impose.<br /> <br /> <br />
I
Là il y a le problème de l'argent. Et la prostitution est un sujet sensible et délicat. Mais, question pour Maude : déontologiquement, tu dissimulerais ton identité de journaliste pour avoir un entretien clé dans le cadre d'un reportage que tu réalises et qui apporterait une plus value fondamentale à ton travail ? (sachant qu'on sort du problème de la prostitution ... (mais il peut exister de nombreux autres problèmes également délicats et sensibles))
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M
<br /> Bien sûr, les caméras cachées sont parfois nécessaires, lorsque certaines informations ne peuvent pas être obtenues d'une autre façon. Déontologiquement, cela ne doit pas être un problème, car dans<br /> ce cas c'est l'information qui prime. Rappelons tout de même que le droit à l'image ne doit pas pour autant être négligé.<br /> Mais ce n'est pas ici l'objet de la polémique... ce qui pose problème, ce n'est pas la caméra cachée, ce n'est pas le fait que le sujet soit sur la prostitution étudiante, non, c'est plutôt que le<br /> journaliste se mette lui-même en scène, et qu'il paie la prostituée pour lui faire un massage, alors qu'il aurait très bien pu simplement discuter avec elle...<br /> <br /> <br />
A
Sans vouloir excuser ces journalistes, on peut comprendre leur comportement, la limite déontologique est parfois si fine... J'avoue avoir mis un certain temps avant de comprendre où étais le problème, il a fallu que je lise les lignes se trouvant sous la vidéo et là ça m'est apparu comme une évidence. Cela dit ne pas réaliser la gravité des faits en les voyant dans un laps de temps très court sur une vidéo et ne pas réaliser la gravité de son acte en le préparant et en y prenant part n'est pas la même chose.
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