Profession journaliste : des vocations aux origines utopistes

Publié le par Maude ML

Pour beaucoup, la passion du journalisme prend sa source très jeune. "J'ai toujours voulu être journaliste. Déjà tout petit...", vous raconteront une bonne partie des aspirants journalistes. Des candidats dont l'enfance a probablement été bercée par les légendaires albums de Tintin, le petit reporter. Car Tintin, c'est quand même une sacrée figure. Presque un fantasme. Toujours parti à l'étranger, il sauve des gens, réussit toujours ce qu'il entreprend, et rétablit la vérité... Quelques années plus tard, Clark Kent (Superman) prend la relève, à la fois journaliste et super-héros.

Curieusement, moi, ce n'est ni à Moulinsart ni au Daily Planet qu'est née mon idée du journalisme. Même si j'ai, comme beaucoup d'autres, lu tous les albums du petit reporter et suivi tous les épisodes du super-héros au slip rouge, ma vocation a mis très longtemps à fleurir dans mon esprit. Ce n'est en fait qu'à 21 printemps que j'ai compris que le journalisme serait LE métier, celui qui était fait pour moi. Et j'ai constaté à posteriori tous les signes précurseurs : prédisposition à l'orthographe soignée, curiosité maladive, intérêt démesuré pour tout un tas de choses inutiles, goût de la lecture, de la photographie et de l'audiovisuel, envie de partager, réactivité exaspérante, bougeotte aigüe, etc... Et quand même une notable expérience de rédac' chef au journal de mon collège, alors que je n'avais encore qu'une dizaine d'années (tellement précoce !).

Peut-être n'ai-je pas pensé à ce métier plus tôt parce que je n'ai pas fait le lien avec mes références culturelles enfantines ? Mais en y pensant, d'un coup, tout m'est revenu. Mon héros de jeunesse, mon idole journalistique, celui qui, le premier, m'a impressionnée, c'est Rouletabille, l'ancêtre même de Tintin ! Mais bon sang mais c'est bien sûr ! Je me revois à la bibliothèque, empruntant les quelques bandes dessinées retraçant ses aventures, les lisant dans l'heure, et attendant toute la semaine de pouvoir en emprunter d'autres... Le Mystère de la chambre jaune rapelle à ma mémoire des histoires trépidantes et passionnantes. Avais-je un penchant pour le journalisme d'investigation ? Comme beaucoup d'autres aspirants journalistes, probablement...

Loin des réalités
Enfin, il faut quand même relativiser. Tout ça, c'était avant de retomber les deux pieds bien droits sur terre. Les Tintin, Rouletabille, Clark Kent et autres symboles antiques du grand reportage, ne reflètent pas du tout la réalité du journalisme d'aujourd'hui (ni même d'hier). Les vrais reporters sont de plus en plus cantonnés dans leurs rédactions, ils voyagent peu à l'étranger, et, sauf exceptions, les "envoyés spéciaux" que l'on peut voir au journal télévisé vivent en permanence dans les pays qu'ils couvrent, intervenant en cas de besoin. Ils ne sauvent pas le monde, ne combattent pas que les injustices et font aussi des "ménages" (collaborations extérieures avec des entreprises commerciales) pour payer les études leurs enfants... Et les Albert Londres ne sont pas des milliers. Alors, pour devenir journaliste aujourd'hui, mieux vaut laisser ses idéaux enfantins dans les bibliothèques et grandir professionnellement en connaissance de cause.


Lectures parallèles :
Un dossier intitulé Être journaliste aujourd'hui, notamment pour la première partie, intitulée Mythes et réalités.
Ainsi que le livre Les mythes professionnels des journalistes - L'état des lieux en France de Jacques Le Bohec, paru aux éditions L'Harmattan (2000).


Publié dans Insolite

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A
Nous vous signalons une nouvelle communauté pour les amoureux du théâtre http://www.over-blog.com/com-1021337746/Theatres.html Anthony de www.paris-philo.com
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M
Tu te la pètes
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M
<br /> Très constructif, comme commentaire.<br /> Passons.<br /> Tu fais peut-être allusion au 2e paragraphe, mais alors c'est que tu n'as pas saisi l'humour... Je te rassure, je sais très bien qui je suis : ni plus ni moins qu'une fille de bientôt 24 ans,<br /> étudiante et stagiaire, avec certains objectifs propres à ma jeunesse. Pour le reste, on verra bien.<br /> <br /> <br />
C
Wah ! Le journalisme ! Mon rêve ! Depuis que cette lubie m'a attrapée à l'âge de 7 ans elle ne me lâche plus dis donc ! (j'en ai 15).Et je sais bien qu'il est très dur de se faire une place dans le métier.. Surtout quand son rêve c'est de voyager partout dans le monde entier ! ^^Très beau blog !
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J
Je ne baigne pas dans le milieu du journalisme, mais je trouve que la définition d'Antonin est très belle, et, je pense, assez juste.Cet article sur les références enfantines est divertissant.Personnellement, moi c'était plutôt Astérix que Tintin...
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B
Je vous hais! Un journaliste, s'il a été bercé dans sa plus tendre enfance par des héros qui étaient journalistes (ou inversement) ça nourrit un terreau qui les amène progressivement aussi à envisager les "hic" que cela peut engendrer. Ensuite, l'expérience elle aussi nourrit, fait connaître, nous montre une autre réalité, c'est le désenchantement et l'arrivée aux portes de l'âge adulte du journalisme! Pourtant, je suis convaincu que faire vivre dans un coin de sa tête la part de ses rêves est nécessaire pour continuer à avancer, dans une réalité, certes, trop réelle, mais avec l'espoir d'y trouver les moments dans lesquels on se sent devenir le journaliste qu'on souhaitait. Les journalistes ne sont pas des super héros, ce métier n'a rien d'un rêve... et je vous hais! Parce que ous avez raison!
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